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  • Cédric Ringenbach
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    Fukushima : zéro mort

    mars 11th, 2012

    Je n’aime pas débattre du nucléaire : d’abord parce que ce n’est pas la question qui me préoccupe le plus concernant l’avenir de l’humanité, ensuite car c’est un sujet éminemment sensible et émotionnel sur lequel on ne peut pas débattre sereinement, mais surtout parce que ce sujet pollue complètement le débat sur l’énergie et empêche de faire le profond travail de pédagogie nécessaire pour faire avancer les questions qui se posent à l’humanité.

    Cependant, ce matin, en ce jour de commémoration pour l’anniversaire du tremblement de terre et du tsunami au Japon, je ne peux pas laisser passer les bévues que j’entends en continu sur les chaines d’information : les journaliste font à tour de bras des amalgames entre les catastrophes qu’ont été le séisme et le tsunami (20.000 morts) d’une part et l’accident nucléaire (0 mort) qui en a découlé d’autre part. Cet accident a eu comme conséquence principale de condamner une surface de terrain importante autour de la zone des centrales accidentées. Les journalistes en viennent à nommer « Fukushima » les catastrophes qui sont à l’origine de l’accident nucléaire.

    On présente des familles qui sont dans l’angoisse de savoir si elle pourront un jour retourner un jour dans leur maison dans les environs de la centrale avec le même traitement que ceux qui ont vraiment perdu leur maison (eux, au moins ne sont pas dans l’incertitude !) dans le tsunami.

    Le pompon revient à la présentatrice de iTélé : « 20.000 morts suite au séisme, au tsunami et à la catastrophe nucléaire ». Dit comme ça, on comprend qu’il y a eu des morts par irradiation. Or ce n’est pas le cas. D’un point de vue purement théorique, ce n’est pas un mensonge : 20.000 morts pour le séisme et le tsunami + 0 mort pour Fukushima = 20.000 morts pour l’ensemble. C’est donc juste sur le plan des maths, c’est par contre extrêmement malhonnête intellectuellement. Si on va par là, on pourrait aussi bien dire : « 20.000 morts suite au séisme, au tsunami et à la pleine lune ». Ce serait tout aussi rigoureusement juste et totalement trompeur.

    Il y a une certaine indécence à mettre l’accident nucléaire sur le même plan que la catastrophe naturelle. Le mélange des genre me met très mal à l’aise.

    Il aura peut-être des morts suite aux irradiations parmi les personnels qui ont travaillé sur le site, il y a d’ailleurs eu une crise cardiaque attribuable directement à l’accident, on a certes eu de la chance que le vent n’aille pas dans le mauvais sens, mais on reste dans des conséquences difficilement qualifiable de « catastrophe ».


    Tim Jackson : Prospérité sans croissance

    février 26th, 2011

    S’il est un livre à lire cette année, c’est celui de Tim Jackson : « Prospérité sans croissance ». Tim Jackson est un économiste reconnu et c’est probablement ce qui fait de son ouvrage un vrai pavé dans la marre, qui va éclabousser un paquet de théories économiques classiques. Il n’envisage pas d’ajuster à la marge l’économie pour y intégrer un peu de verdure, il propose plutôt un changement radical de paradigme et élabore un modèle économique complet pour remettre l’économie au service de la société.

    L’ouvrage est composé de 12 chapitres développant chacun une notion bien précise et nous amenant progressivement à percevoir l’articulation globale de la pensée de l’auteur. Je vais tâcher de retranscrire chacun de ces chapitres pour donner une vision d’ensemble du travail. Ça va être un peu long, j’en suis désolé.

    Chapitre 1 : La prospérité perdue
    Le premier chapitre constitue une sorte d’introduction dans la mesure où il annonce ce qui sera développé par la suite, ce qui peut se résumer par : « concilier la « vie bonne » et la finitude ». Dans notre paradigme actuel, on confond prospérité et croissance du PIB. Mais est-ce encore valable quand tous les besoins fondamentaux sont assouvis ? Et que fait-on des inégalités ? Les pays développés sont « un ilot de richesse dans un océan de pauvreté ».

    L’auteur étudie ensuite quatre occasions qui se sont présentées aux hommes pour appréhender les limites de la planète :
    1) Malthus : il pose des problèmes intéressant, mais il s’est trompé sur deux points : il n’a pas pris en compte le problème des inégalités et a sous-estimé la croissance de l’économie (l’économie actuelle est 68 fois plus grande que l’économie de 1800).
    2) Le rapport au club de Rome de Meadow, malgré la simplicité de ses modèles, a fait de très bonnes prévisions.
    3) Le pic-oil, les terres productives et les minéraux
    4) Le changement climatique : l’auteur évoque les messages d’alerte de James Hansel et de Nicolas Stern.
    Le système atteint ses limites et il va être difficile de découpler.

    Chapitre 2 : L’âge de l’irresponsabilité
    Tim Jackson fait une analyse de la crise financière de 2008 :
    – Le labyrinthe de la dette (dette des particuliers, dette publique et dette extérieure) ;
    – La création monétaire ;
    – La titrisation, promue par Alan Greenspan, qui a contribué à masquer la gravité de la situation. Ce dernier a été « choqué » que les marchés n’aient pas fonctionné comme prévu.

    Pourquoi « l’âge de l’irresponsabilité » ? Parce que, comme l’observait le PDG de Citibank, « quand la musique s’arrêtera, en termes de liquidités, les choses deviendront compliquées. […] Mais tant que la musique continue, il faut se lever et danser. Nous dansons toujours. »

    S’ajoute la dette écologique : l’aveuglement de long terme est le même quand il s’agit de gérer la dette écologique et les dettes financières.

    Chapitre 3 : Redéfinir la prospérité
    Les humains ont besoin de quelque chose de plus que la sécurité matérielle pour s’épanouir. Amartya Sen définit trois besoins :
    a) Opulence (satisfaction matérielle, il y a un effet de seuil),
    b) Utilité (la quantité n’est pas la qualité, la relation PIB-Bonheur n’est pas linéaire)
    c) Capabilités d’épanouissement (mais ces capabilités sont limitées pas les capacités de la planète).

    Chapitre 4 : Le dilemme de la croissance
    La croissance est-elle une condition nécessaire à l’épanouissement ? La réponse à cette énigme se trouve dans les travaux des anthropologues sur « le langage social des objets ». La « concurrence positionnelle » a quelque chose du jeu à somme nulle, mais réduire les inégalités présente un bénéfice qui va au-delà d’un gain pour les plus défavorisés uniquement.

    La croissance est-elle corrélée aux droits élémentaires ? En étudiant les courbes représentant l’espérance de vie, la mortalité infantile ou le niveau d’enseignement en fonction du PIB sur l’ensemble des pays, on voit que la corrélation n’est pas évidente.

    La croissance est-elle la condition de la stabilité économique et sociale ? Tant que les gains de productivité, à défaut d’être compensés par la croissance, se traduisent en augmentation du chômage, la réponse est oui.

    En clair : dans une économie fondée sur la croissance, la croissance est essentielle pour la stabilité.

    Le dilemme est le suivant : la croissance est non soutenable (du moins dans sa forme actuelle) et la décroissance est instable (du moins dans les conditions actuelles). Mais ne pas vouloir le résoudre constituerait la pire des menaces.

    Chapitre 5 : Le mythe du découplage
    Il faut distinguer le découplage relatif et absolu. Le découplage relatif, c’est faire plus de PIB additionnel pour une même empreinte additionnelle. Cela n’exclut pas l’effet rebond. Le découplage absolu, c’est faire monter le PIB tout en faisant baisser l’empreinte globale en valeur absolue. Et c’est beaucoup plus dur !!!

    Equation d’Ehrlich se pose ainsi :
    Impact = Population × Abondance (revenu par tête) × Facteur technique

    Chapitre 6 : la « cage de fer du consumérisme »
    Le moteur de l’économie dans notre société de consommation est basé sur l’innovation d’un côté et une logique sociale de différentiation de l’autre. Il existe différents types de capitalismes mais ils ont tous en commun la propriété privée (en majorité) des moyens de production.

    Le moteur de la croissance dans les économies de marché est résumé dans le schéma suivant :

    Le moteur de la croissance dans les économies de marché

    La part que les ménages ne dépensent pas, l’épargne, sert à être investie (éventuellement via un intermédiaire comme une banque) dans les entreprises (c’est le capital) dans le but de faire des gains de productivité sur les deux autres facteurs de production que sont le travail et les ressources. Lorsqu’il faut choisir entre ces deux facteurs, le prix relatif du travail humain pèse lourd dans la balance et on préfère investir dans les machines. Si la production n’augmente pas d’autant, les gains de productivité se transforment en chômage. L’économie est donc condamnée à une course en avant perpétuelle…

    L’obsolescence programmée, l’accélération des cycles d’innovation et le marketing sont les conditions de survie du système.

    Chapitre 7 : Le keynésianisme et le « New Deal Vert »
    Pour relancer la croissance, plutôt que de compter sur la dette ou une redistribution massive des richesses, ce chapitre dessine les contours d’un « New Deal » vert consistant en des dépenses publiques ciblées et ayant un sens pour l’avenir. Les emplois créés contribuent à la reprise et les richesses produites ont des retombées en termes de bien-être pour tous.

    Ceci dit, la reprise, c’est le retour au Business As Usual. Elle a beau être verte, à long terme, elle n’est pas durable. Il faut maintenant créer une vision d’une économie qui génère un découplage absolu. On arrive au chapitre 8 et c’est seulement à ce moment que les choses sérieuses commencent. Les 7 premiers chapitres n’étaient que la déconstruction d’idées reçues et la mise en place d’un cadre de pensée basé sur de nouveaux indicateurs.

    Chapitre 8 : Une macroéconomie écologique
    On repart de zéro : on redonne la – ou plutôt les – définitions du PIB et on analyse ses limites. On rappelle la définition, en économie classique, de la « fonction de production » (qui prend en compte le travail et le capital mais qui oublie les ressources).

    Baser l’économie sur les services ? On a vu ce que cela a donné dans les pays de l’OCDE : la baisse de l’activité manufacturière a occasionné une délocalisation de l’industrie vers les pays en développement et l’expansion des services financiers pour les payer. Il faut encore savoir ce qu’on entend par services : les services à la personne, les cours de yoga ou la coiffure ne sont pas de la même nature que le marketing, la communication ou la finance. L’économie de fonctionnalité va également dans le sens de plus de services rendus pour moins de flux de matières.

    Les initiatives isolées de décroissance ou de simplicité volontaire, que Tim Jackson appelle l’économie « Cendrillon » montrent que d’autres voies sont possibles.

    Les activités de service à la personne ont vu leur productivité décroitre dans presque tous les pays européens. Si nous commençons à basculer en masse vers ce type d’activité, il est possible que la croissance soit largement ralentie. Mais c’est surtout une question d’indicateur et ce n’est pas forcément un problème. Si on y réfléchit bien, il est assez logique que ces activités ne fassent pas de gains de productivité : dans la plupart des cas, l’apport humain est ce qui fait leur valeur ajoutée.

    Les gains de la productivité ou une récession se traduisaient jusqu’ici par du chômage. Il faut s’autoriser à jouer sur un autre levier, le temps de travail, et privilégier une répartition plus équitable du travail disponible plutôt qu’une réduction du nombre de travailleurs. Cette option a été choisie par l’économiste écologique canadien Peter Victor, dans un scénario de croissance faible ou nulle pour l’économie canadienne.

    Des investissements importants sont à faire dans les domaines de l’efficacité énergétique, des technologies propres et dans le capital naturel. Il faut les faire au bon rythme : assez vite pour ne pas hypothéquer les ressources mais pas trop pour ne pas mettre l’économie à genoux. L’Etat aura certainement un rôle renforcé en termes d’investissement de propriété des actifs. Que cet investissement génère ou pas de la croissance n’est pas la question.

    Chapitre 9 : L’épanouissement – dans certaines limites
    Chapitre piège que celui-ci puisqu’il aborde ce qu’il faudrait changer dans la nature humaine pour accompagner les changements proposés. Cependant, l’auteur évite de tomber dans le piège et aborde le sujet avec un travail de fond, très documenté et très inspiré.

    La société occidentale est en proie à une « récession sociale ». Le sentiment d’appartenance à une communauté s’affaiblit. Les sociétés les plus inégalitaires connaissent les niveaux d’anxiété les plus élevés. En termes de consommation, il n’existera jamais aucun seuil à partir duquel nous serons en mesure de nous dire qu’ « assez est assez ».

    Cependant, on voit apparaître de nouveaux modes de vie, plus frugaux, plus basés sur des valeurs intérieures que sur la consommation de biens. Mais les adeptes de cette simplicité volontaire vivent un conflit intérieur car ils vont à l’encontre des valeurs de leur milieu social. Il ne faut pas négliger ces difficultés.

    Chapitre 10 : Une gouvernance pour la prospérité
    S’il y a une idée à retenir de ce chapitre, c’est que l’Etat joue un rôle, qu’il le veuille ou non, dans l’orientation de la logique sociale. La question de sa légitimité pour initier les changements qui sont l’objet du chapitre précédent ne doit donc pas être taboue.

    Chapitre 11 : La transition vers une économie durable
    Douze recommandations sont exposées ici. Toutes ne peuvent pas être réalisées unilatéralement, mais aucune d’entre elles n’est sans précédent et on peut trouver des points de contact avec des initiatives existantes.
    1) Etablir les limites en termes d’émissions de GES
    2) Instaurer une fiscalité écologique
    3) Soutenir la transition dans les pays en développement
    4) Développer une théorie macroéconomique écologique
    5) Investir dans l’emploi, les actifs et les infrastructures
    6) Accroître la prudence financière et fiscale
    7) Réviser les comptes nationaux
    8) Changer la politique du temps de travail
    9) Lutter contre les inégalités systémiques
    10) Mesurer les capacités d’épanouissement
    11) Renforcer le capital social
    12) Démanteler la culture du consumérisme

    Chapitre 12 : Une prospérité durable
    Ce dernier chapitre fait office de conclusion dans la mesure où il résume les principales idées abordées, mais surtout il achève d’assembler entre eux les morceaux du puzzle qui a été patiemment élaboré tout au long de l’ouvrage.

    L’illusion consumériste relève de mécanismes mentaux très puissants et difficiles à faire tomber. Il faut voir la prospérité comme la capacité à nous épanouir en tant qu’êtres humains (à l’intérieur des limites écologique d’une planète finie) : une participation à la vie de la société, un certain degré de sécurité, un sentiment d’appartenance, la capacité de partager une entreprise commune, le développement de notre potentiel individuel d’être humain.

    L’économie de l’épanouissement et ses frontières naturelles

    Ce nouveau modèle économique implique-t-il la fin du capitalisme ? Il est clair que les investissements écologiques avec de mauvais rendements financiers seront pris en charge par l’Etat (dans la mesure où les bénéfices ne sont pas captés par le détenteur du capital, mais ils sont collectifs). La question n’est pas « pour ou contre le capitalisme ? », mais « combien de capitalisme ? ». Et Tim Jackson de citer Spoke dans Star Strek : « C’est du capitalisme, Jim, mais pas comme nous le connaissons ».

    Conclusion

    Tim Jackson signe un ouvrage qui a commencé à faire du bruit et qui doit continuer à alimenter les réflexions des décideurs. On peut regretter qu’il n’accorde pas plus d’importance à une vision globale de la question (à plusieurs moments, les chiffres ne concernent que le Royaume Uni, à d’autres, les raisonnements ne sont valables qu’à l’échelle d’un pays en concurrence avec le reste du monde). On peut aussi être frustré de la trop petite part accordée à l’analyse de la crise financière et à la critique des solutions apportées (pour cela, il faudra lire « le triomphe de la cupidité » de Joseph Stiglitz).

    Toi l’internaute qui auras lu ces lignes jusqu’au bout, j’espère que tu ne considéreras pas cet article comme un moyen de ne pas lire le livre, mais qu’au contraire, tu auras envie de l’acheter immédiatement sur Amazon ou à la FNAC. Bonne lecture !


    CarbonCamp Paris 2010 le 19 octobre 2010

    octobre 15th, 2010

    Attention, plus que quelques places pour le CarbonCamp de mardi prochain, 19 octobre, à 14h30 à la Cantine. Faites passez l’info ! (Entrée gratuite, inscription obligatoire sur barcamp.org).


    Barcamp Carbone Paris 2010
    envoyé par cedringen.


    The Shift Project

    septembre 17th, 2010

    Il y a maintenant trois mois, j’ai eu l’immense plaisir et honneur de me voir confier par Jean-Marc Jancovici la direction du Think Tank qu’il était en train de lancer. Je peux aujourd’hui en dévoiler le nom : The Shift Project. Il s’agit d’un organe de lobbying qui traite des sujets du changement climatique et de la contrainte énergétique.

    C’est une chance incroyable que de pouvoir travailler sur ce sujet qui me tient à coeur depuis plusieurs années, d’être payé pour cela, et d’avoir en outre des moyens significatifs pour le faire.

    Une nouvelle aventure qui démarre, donc, passionnante et enthousiasmante, et dont vous pourrez suivre le déroulement en partie ici, en partie sur le blog du « Shift » d’ici quelques jours.


    L’hypocrisie de la soit-disant « cohérence écologique »

    octobre 1st, 2009

    Claude Allègre reproche à Nicolas Hulot de faire la leçon aux autres alors qu’il utilise l’hélicoptère pour Ushuaïa. D’autres feront le même reproche à Yann Arthus Bertrand qui shoote « la terre vue du ciel » depuis un hélicoptère lui aussi. On pense également à Al Gore qui a fait plusieurs fois le tour de la terre pour faire sa conférence « une vérité qui dérange ».

    A chaque fois, le même reproche : « Vous n’êtes pas cohérent ». Et l’idée que ceux qui donnent des leçons devraient montrer l’exemple. Quelle hypocrisie derrière cet argument ! Creusons un peu.

    • Cas n°1 = je suis un écolo convaincu, je veux sauver la planète, je sensibilise mon entourage, et dans un but de cohérence, je n’ai pas de voiture, je ne prends pas l’avion, je fais attention à mes émissions de CO2, en bref, je me mets des limites.
    • Cas n°2 : je suis un chef d’entreprise qui vend des engrais, je ne suis pas écologiste, donc je peux prendre l’avion, faire le tour de la terre, car moi, au moins, je ne fais la morale à personne.

    Dans les deux cas, je suis « CO-HE-RENT ». Et comme ma capacité à modifier le monde est directement liée à ma consommation d’énergie, donc à mes émissions de CO2, je contribue plus à la construction du monde de demain dans le cas n°2 que dans le cas n°1. Pas de bol. En d’autres termes, derrière cet argument de cohérence, il y a l’idée que les écolos devraient rester chez eux à faire pousser des patates dans leur potager, et arrêter de faire des conférences à travers le monde pour faire bouger les choses. C’est insupportable.

    On ne peut rien faire sans consommer de l’énergie et émettre du CO2.  En regard de l’énergie consommée, il faut mettre la valeur ajoutée liée à son utilisation. Changer le monde, organiser la profonde mutation de notre économie va nécessiter beaucoup d’énergie. Il va falloir s’habituer à l’idée que ceux qui font bouger les choses aient un bilan carbone conséquent. L’ingénieur qui doit prendre l’avion six fois par an pour assurer un transfert de technologie avec l’Asie et au final faire économiser des millions de tonnes de carbone ne doit pas de poser la question de la cohérence de ses déplacements.  Il doit plutôt appliquer le principe de PRAGMATISME et regarder la valeur ajoutée liée à l’énergie qu’il a consommée.

    Donc si demain, Jean-Marc Jancovici décide de prendre un téléphone portable pour la première fois de sa vie, ce n’est pas moi qui le blâmerai !


    Mieux vaut être pauvre et irresponsable que riche et écolo

    juin 20th, 2009

    Sous un air provocateur, cette vidéo ne fait que révéler une vérité : nos émissions de CO2 sont très fortement corrélées à notre pouvoir d’achat.

    La conclusion n’est donc pas loin de la réalité :

    « Moralité, contre l’effet de serre, mieux vaut parfois être pauvre et irresponsable que riche et écolo. »


    Allègre ne passera pas !

    mai 27th, 2009

    Pétition contre l’entrée de M. Claude Allègre au gouvernement français

    Allegre ne passera pas

    Cette pétition sera remise au cabinet de Nicolas Sarkozy le 5 juin 2009 (si elle atteint un nombre suffisant de signatures).

    Nous considérons que l’entrée de M. Claude Allègre dans le gouvernement français serait extrêmement préjudiciable à l’image de la France, à six mois de la conférence de Copenhague, au moment où elle doit jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre le changement climatique.

    M. Claude Allègre a par le passé nié le réchauffement climatique et continue aujourd’hui d’affirmer que ses causes ne seraient pas anthropiques. Il est discrédité dans le monde scientifique. Sa position est une insulte à l’encontre des membres du GIEC.

    Nous pensons que la diffusion des idées de M. Claude Allègre a fortement contribué à ralentir le passage à l’action dans la lutte contre le changement climatique et qu’il est urgent de faire la lumière sur le manque de fondements scientifiques de ses propos.

    Nous demandons avec insistance à M. Nicolas Sarkozy de ne pas proposer de poste au gouvernement à M. Claude Allègre.

    Signer la pétition ici.


    Logos »recyclable » et « eco-emballages »

    janvier 1st, 2009

    Je cheche cette info depuis longtemps, alors maintenant que je la tiens, je vous la donne et je saurai qu’elle est là:

    Ceci est le logo « eco-emballages« . Quand on le voit sur un produit, cela veut dire que le producteur a payé une taxe de quelques centimes sur l’emballage, qu’il l’a intégrée au prix et qu’il l’a reversée à la société eco-emballages. C’est une société de droit privé qui assure un service public : elle redistribue cet argent vers des opérations de tris sélectifs mis en place par des collectivités locales.

    eco-emballages

    Ceci, en revanche, est bien le logo qui signifie que le produit est recyclable. Une petite remarque qui a son importance : recyclable ne veut pas dire recyclé ! Encore faut-il qu’il y ait une filière de recyclage et que le consommateur pratique le tri sélectif.

    recyclable

    Bonne année 2009 !


    La Décroissance

    mars 10th, 2008

    Je m’intéresse depuis quelques temps à la décroissance, mon engagement aux côtés de Pierre Larrouturou en 1998 étant indéniablement un signe avant-coureur de mon intérêt intellectuel pour la chose.

    Quand on cherche de la littérature sur le sujet, on tombe assez vite sur les casseurs de pub, les objecteurs de croissance, le journal « la décroissance » et j’en passe. Bref, une littérature d’extrême gauche, qui met tous les thèmes de la contestation dans le même panier (anti-mondialisme, anti-OGM, no-logo etc), et qui critique sans jamais rien proposer. Les Serge Latouche, Vincent Cheynet et comparse, non contents de publier des pamphlets indigestes et anti-tout, squattent le web, Wikipedia et surtout le mot de décroissance qu’ils ont récupéré pour eux et il semble que personne n’ait le droit de parler d’écologie sans leur avoir demandé l’autorisation.

    Mais tous ont un nom à la bouche : Nicholas Georgescu-Roegen. J’ai donc décidé de remonter à la source et j’ai acheté le seul livre traduit en français du susnommé Jojo: « La Décroissance – Entropie, écologie, économie » (également disponible au téléchargement, je l’ai su depuis).

    Cet économiste du début du XXe siècle a commencé par faire des maths, ce qui a plutôt tendance à me mettre en confiance. C’est dans les années 30 qu’il s’initie à l’économie aux côtés de Schumpeter, ce qui fait une deuxième raison d’avoir de la sympathie pour le bonhomme.

    A la lecture du bouquin, je ne suis pas déçu : Georgescu est un grand penseur et son livre est à la fois pertinent, percutant et très accessible. Pour faire simple, je dirais que NGR relie l’économie à l’écologie avec une couche de thermodynamique (n’ayez pas peur, ça ne mord pas). Son ouvrage date de 1979, mais il reste d’une actualité déconcertante. En le lisant, on comprend à quel point les modèles économiques auxquels on nous a habitués sont aussi invalides sur une échelle infinie que le mouvement perpétuel. Analyser le cycle économique et le cycle de la vie sous le prisme de l’entropie est très instructif et je propose de déveloper dans un prochain billet.


    Monsanto, une entreprise qui vous veut du bien…

    mars 10th, 2008

    Je ne sais pas encore bien quoi penser des OGM. Certains espoirs qu’on met dans les technologies du vivant méritent certainement qu’on donne des moyens à la recherche sur le sujet. Plutôt une recherche publique dans ce cas précis, car on touche à la vie, à la santé, au principe de précaution et les intérêts économiques s’accommodent mal d’une attitude éthique et responsable. Je refuse pour le moment de dire que OGM = monsanto = beurk, mais j’ai hâte d’en savoir plus sur le sujet.

    Qu’une société soit capable de bafouer les principes les plus élémentaires de responsabilité sociale et environnementale est quelque chose qui ne nous étonne malheureusement plus. Je suppose qu’on va en avoir une belle illustration mardi soir dans ce reportage sur Monsanto. Rendez-vous donc devant votre poste Mardi 11 mars à 21 h sur ARTE.

    Une personne physique se doit d’avoir une morale.
    Et une personne morale, non ?

    Merci à Grégory Catel pour l’info.


    Danger sur la biodiversité : Kokopelli condamnée

    février 4th, 2008

    Lu sur le blog de Corinne Lepage: « la semaine dernière, l’association Kokopelli, qui milite en faveur des semences anciennes et sauvegarde plus de 2500 variétés qu’elle commercialise, vient d’être lourdement condamnée pour avoir vendu ses semences, soit 17500 euros à l’Etat et 5000 euros à la fédération des industriels de la semence (FNPSPF) ».

    Alors qu’on parle de biodiversité pour sauver la planète, comment se fait-il qu’on puisse interdire à une association comme Kokopelli de militer et d’agir pour cette biodiversité ? Réponse : en France, pour certaines espèces végétales, une semence ne peut pas être commercialisée si elle n’est pas inscrite au catalogue officiel français des espèces et variétés.

    Ce catalogue vise à assurer une traçabilité des variétés sur notre sol, ce qui, en soit, est une bonne chose et va dans le sens de la protection du consommateur. De là à nous faire croire que des espèces qui ont nourri nos grands-parents et arrières-grand parents sont devenues dangereuses du jour au lendemain, c’est un peu fort ! La traçabilité, OK, c’est un plus, mais interdire de planter de qui n’est pas tracé, c’est un peu exagéré. Le lobby des semenciers est pour quelque chose dans cette loi. Comme souvent, ce sont avant tout des raisons économiques qui ont eu le dessus.

    Fort heureusement, toutes les espèces ne sont pas réglementées (la tomate l’est, mais pas le millet) et les espèces non réglementées peuvent être librement commercialisées. De plus, le GNIS se targue d’augmenter tous les ans le nombre de variétés au catalogue (leur nombre a été multiplié par 13 en 40 ans pour atteindre 7800 en 2005).

    Mais si on gratte sous le vernis, on découvre que cette augmentation est plus due au nombre d’espèces qui deviennent des espèces réglementées qu’à l’inscription, pour une espèce donnée, de nouvelle variétés (voir sur ce point l’article de Shabnam Laure Anvar). Or plus d’espèces réglementées, c’est potentiellement moins de bio-diversité…

    Si seulement l’inscription d’une nouvelle variété était facile, il n’y aurait plus qu’à. Mais, dommage, cette inscription coûte autour de 1000 € et jusqu’à 6000 € pour les céréales (cette information est introuvable sur le site du GNIS qui gère le catalogue, bonjour la transparence !!).

    Sur ce, bonne nouvelle, au moment où j’écris ces lignes, on apprend que Nathalie Kosciusko-Morizet s’est prononcée sur le sujet, estimant qu’il y avait en effet une incohérence : « J’ai dit clairement qu’il fallait réfléchir à un éventuel dédit de l’Etat, pour que l’association n’ait pas à payer et surtout à un amendement pour régler le problème », a-t-elle expliqué à l’AFP, « L’association Kokopelli participe à la préservation de la biodiversité, du patrimoine et des semences anciennes: c’est intéressant, mais de ce point de vue notre droit est mal fait ». 

    Le Grenelle de l’environnement n’aura pas servit à rien.