L’hypocrisie de la soit-disant “cohérence écologique”
octobre 1st, 2009Claude Allègre reproche à Nicolas Hulot de faire la leçon aux autres alors qu’il utilise l’hélicoptère pour Ushuaïa. D’autres feront le même reproche à Yann Arthus Bertrand qui shoote “la terre vue du ciel” depuis un hélicoptère lui aussi. On pense également à Al Gore qui a fait plusieurs fois le tour de la terre pour faire sa conférence “une vérité qui dérange”.
A chaque fois, le même reproche : “Vous n’êtes pas cohérent”. Et l’idée que ceux qui donnent des leçons devraient montrer l’exemple. Quelle hypocrisie derrière cet argument ! Creusons un peu.
- Cas n°1 = je suis un écolo convaincu, je veux sauver la planète, je sensibilise mon entourage, et dans un but de cohérence, je n’ai pas de voiture, je ne prends pas l’avion, je fais attention à mes émissions de CO2, en bref, je me mets des limites.
- Cas n°2 : je suis un chef d’entreprise qui vend des engrais, je ne suis pas écologiste, donc je peux prendre l’avion, faire le tour de la terre, car moi, au moins, je ne fais la morale à personne.
Dans les deux cas, je suis “CO-HE-RENT”. Et comme ma capacité à modifier le monde est directement liée à ma consommation d’énergie, donc à mes émissions de CO2, je contribue plus à la construction du monde de demain dans le cas n°2 que dans le cas n°1. Pas de bol. En d’autres termes, derrière cet argument de cohérence, il y a l’idée que les écolos devraient rester chez eux à faire pousser des patates dans leur potager, et arrêter de faire des conférences à travers le monde pour faire bouger les choses. C’est insupportable.
On ne peut rien faire sans consommer de l’énergie et émettre du CO2. En regard de l’énergie consommée, il faut mettre la valeur ajoutée liée à son utilisation. Changer le monde, organiser la profonde mutation de notre économie va nécessiter beaucoup d’énergie. Il va falloir s’habituer à l’idée que ceux qui font bouger les choses aient un bilan carbone conséquent. L’ingénieur qui doit prendre l’avion six fois par an pour assurer un transfert de technologie avec l’Asie et au final faire économiser des millions de tonnes de carbone ne doit pas de poser la question de la cohérence de ses déplacements. Il doit plutôt appliquer le principe de PRAGMATISME et regarder la valeur ajoutée liée à l’énergie qu’il a consommée.
Donc si demain, Jean-Marc Jancovici décide de prendre un téléphone portable pour la première fois de sa vie, ce n’est pas moi qui le blâmerai !











